CASSANDRO THE EXOTICO!

Les horaires :

ven. 14 déc. sam. 15 déc. dim. 16 déc. lun. 17 déc. mar. 18 déc. mer. 19 déc. jeu. 20 déc.
19:00
15:30
19:30

Ces horaires s'affichent automatiquement sur 7 jours glissants. Cliquez ici pour plus d'horaires.

Jeudi 6 décembre

Séance ACID POP #1 à partir de 19h

dialogue – rencontre – buffet – projection … la nouvelle Université Populaire du cinéma débarque à l’Atalante!

 

France/Mexique – 2018 – 1h13 Réalisé par Marie Losier avec Saúl Armendáriz, Marie Losier

Dans le monde bariolé et amboyant de la Lucha Libre, Cassandro est une star aussi incontournable que singulière. Il est le roi des Exóticos, ces catcheurs mexicains travestis qui dynamitent les préjugés dans un sport pourtant fortement machiste. Malgré ses mises en plis, son mascara et ses paupières impeccablement maquillées, Cassandro est un homme de combat extrême, maintes fois Champion du Monde, qui pousse son corps aux limites du possible. Pas un combat sans qu’il ne soit en sang, qu’une épaule ne se déboite, ou qu’un genou ne parte en vrille ! Pourtant, après 26 ans de vols planés, d’em- poignades et de pugilats sur le ring, Cassandro est en miettes, le corps pulvérisé de partout et le moral laminé par un passé particulièrement dur et traumatique. Tête brûlée, il ne veut cependant pas s’arrêter ni s’éloigner du feu des projecteurs…

Séance ACID POP #1 jeudi 6 décembre à partir de 19h

19h Dialogue entre Marie Losier et Laurent Becue-Renard
> De l’art du portrait au cinéma : un corps à corps ? 

Comment le lien singulier tissé par les cinéastes avec leurs personnages avec lesquels ils vont jusqu’à faire corps s’inscrit-t-il dans le film même ? Ce lien impose une forme, une sorte de pulsation organique et nous fait partager la vérité du geste et du processus de travail. Il s’inscrit durablement dans le film, le façonnant à l’image des cinéastes. Dès lors, tout portrait d’autrui filmé n’est-il pas aussi l’autoportrait du filmeur ?

20h Buffet

20h45 projection de CASSANDRO L’EXOTICO en présence de la réalisatrice Marie Losier

 


 

Ressources :

Page Vimeo de Marie Losier

La page du film sur le site de l’ACID

La page de l’ACID POP

 


CASSANDRO

Cassandro (de son vrai nom Saúl Armendáriz) est catcheur professionnel depuis l’âge de 17 ans. Il est né et a grandi à El Paso au Texas et a commencé à s’entrainer régulièrement en tant que Luchador de l’autre côté de la frontière, à Juárez au Mexique, alors qu’il était encore un jeune adolescent. Pour lui, le plaisir et la famille se situaient principalement à Juárez avec, en tête de tous, la Lucha Libre – version mexicaine, pop et flash, du catch professionnel. Chaque barrio avait une petite arène où des héros masqués (técnicos) s’affrontaient contre les méchants (rudos) tous les dimanches. Saúl adorait les costumes scintillants, le lycra, les corps en sueur et les foules bruyantes et passionnées. Il idolâtrait les Luchadores plus vrais que nature même si lui n’était pas bien grand. Mais il était athlétique et vif, et désespérément en manque d’une nouvelle image de lui-même, d’un alter ego.

Alors que les Exóticos ont commencé à se travestir, leurs numéros se sont transformés en caricatures d’homosexuels. Le public adorait les détester, criant « Joto! » (« Pédé! ») et autres insultes. Les Exóticos offraient un contraste par rapport aux machos qu’ils affrontaient sur le ring. Les Exóticos célèbres insistaient sur le fait qu’il s’agissait d’un numéro et que dans la vie courante, ils étaient hétérosexuels. Cassandro, lui, a été l’un des premiers à affirmer publiquement qu’il était bel et bien gay. Lors de son premier match en tant qu’Exótico, Saúl Armendáriz n’était d’ailleurs pas masqué. Certains sont maintenant acceptés en tant que modèles positifs. « Je connais des hétéros qui me disent qu’ils sont plus tolérants envers les homos grâce à moi » dit fièrement Cassandro. Dans le passé pourtant, il a maintenu sa confiance en lui en s’anesthésiant avec de larges doses de drogues et d’alcool : tequila, cocaïne, marijuana. L’univers de la Lucha Libre attirait les policiers haut-placés, les fédéraux, ainsi que leurs cousins de la pègre, ce qui assurait une provision illimitée de produits illicites.

Pour Cassandro, la fête a duré plus de dix ans. Quelques années plus tard, il touchait le fond. Sa carrière souffrait à cause de ses dépendances et il ne catchait plus beaucoup. Vers la fin, il vivait dans l’arrière-cour d’un ami. La date de sa sobriété, le 4 juin 2003, est tatouée sur son dos. Il a t rouvé la force de s’en sortir grâce à son désir de vie, à sa croyance en Dieu, et par le biais de pratiques spirituelles venant des Mayas et des Indiens d’Amérique qui l’ont introduit à ses ancêtres Nahuatl. « On dit que la religion c’est pour ceux qui ont peur de l’Enfer, » dit Saúl. « Mais la spiritualité c’est pour ceux qui sont déjà allés en Enfer. Comme moi. » Il a repris les combats, et a crée une nouvelle identité et une nouvelle façon de combattre. Mais aujourd’hui, il doit faire face à de nouvelles épreuves. Il a subi deux crises cardiaques et ne peut plus ignorer les dangers physiques et moteurs qui le guettent.

 


A propos de Cassandro the Exotico !

D’abord le maquillage, à grands coups de peinture sur les paupières, puis les faux cils longs et noirs, le brushing à la laque – beaucoup de laque et du parfum, partout… La traîne de mariée vient s’accrocher au justaucorps rose à paillettes pour parachever la tenue. En off, les acclamations du public : CASSANDRO !!!

Saúl Armendáriz est ce Cassandro, fameux catcheur mexicain surnommé « l’exotique » comme tous les queer de la Lucha Libre. Le corps noueux, musclé, balafré. Un corps à dompter, poussé toujours plus loin, à l’extrême, jusqu’au point de rupture, pour le spectacle, pour la légende, celle de son personnage, Cassandro l’Exotico. Un double comme un ticket de survie, comme un majestueux pied de nez à une vie qui n’a pas été douce.

Cassandro aura tout traversé, viol, passages à tabac, humiliations, drogues dures, alcool mais subsiste à jamais debout, tel le Phénix, prêt chaque jour à remonter sur le ring avec ses tenues toujours plus folles, à se précipiter dans le vide pour nourrir la légende et épater une foule galvanisée.

Il y a des regards qui nous grandissent. Celui de Marie Losier, aimante infatigable des êtres borderline qui défient la mort est de ceux-là. Depuis ses premiers films, Marie Losier tourne en pellicule. Une pellicule qui se fait chair, acte la vie dans les interstices et les chaos. Ici, se font échos les soubresauts de la vie de Cassandro entre deux combats et ceux occasionnés par la pellicule, lorsque la bobine s’arrête et que le son pétillant prolonge l’instant. On reste alors comme médusé et en suspens, accroché au mirage de la chevelure blonde et de l’énergie sonnante et délirante du super héros acidulé.

Discipline hybride, le catch est un sport, un spectacle, et il est également parfois considéré comme une forme d’art : Roland Barthes l’a décrit comme « une pantomime immédiate, infiniment plus efficace que la pantomime théâtrale car le geste du catcheur n’a besoin d’aucune fabulation, d’aucun décor, en un mot d’aucun transfert pour paraître vrai. » En bref, c’est le spectacle à vif de chaque existence et c’est ce que traduit merveilleusement Marie Losier dans un geste documentaire quasi démiurgique où elle parvient à faire corps avec son sujet et son personnage. D’un côté, il y a donc Cassandro, célèbre luchador gay mexicain, dont le corps rapiécé masque de plus en plus difficilement des années de lutte pour maintenir une identité et la fierté de vivre ouvertement son homosexualité, d’en porter haut l’étendard et, au passage, de botter le derrière à des brutes épaisses, souvent homophobes, encagoulées et « empailletées ». Après 30 ans de carrière, Cassandro doit multiplier les efforts pour rester affûté et continuer à encaisser, mais aussi pour soigner son apparence : sa mise en plis, son maquillage, ses costumes. Et dissimuler qu’il est en fait au bout du rouleau. Bien au-delà du catch et de ses matchs arrangés, c’est désormais sa façon à lui de tricher. De l’autre côté, il y a le film, tourné en pellicule, caméra à l’épaule, qui, formellement, rend parfaitement compte de cette période douloureuse : l’image est hésitante, tremblante, sourit en même temps que son héros, accélère avec lui et puis ralentit, craquelle, révélant ses propres fissures, ses failles et fractures. Bien plus qu’une intimité avec son personnage, Marie Losier parvient à créer l’alliance ou, plutôt, l’alliage ultime et idéal entre l’art cinématographique et son sujet.

Gautier Labrusse, président du GNCR et programmateur du Lux à Caen

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.