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HANDIA

Suite et fin de la belle aventure d’Handia à l’Atalante avec deux dernières séances
vendredi 16/3 à 14h15 et mardi 20/3 à 12h

 

Pays basque – 2017 – 1h54 en VOSTF – Réalisé par Aitor Arregi et Jon Garaño avec Eneko Sagardoy, Joseba Usabiaga, Iñigo Aranburu, Ramon Agirre, Aia Kruse…

Pays basque, 1836. Après avoir combattu pendant la Première Guerre carliste, Martin Eleizegi retourne dans sa ferme familiale en Guipuzcoa. Il découvre alors avec stupeur que son frère cadet, Joaquin, est devenu anormalement grand. Très vite, Martin ne recherche qu’une seule chose : quitter ce monde rural qu’il juge trop étriqué, tandis que Joaquin reste attaché à son village et aux traditions familiales. Convaincu que tout le monde voudra payer pour voir l’homme le plus grand de toute la Terre, il persuade Joaquin de s’embarquer pour un long voyage d’exhibition à travers le Pays Basque, puis l’Espagne et l’Europe…

Après LOREAK en 2015, HANDIA est la nouvelle production Moriarti, société fleuron du cinéma basque, et nous nous réjouissons de la montrer sur les écrans après son succès au Festival de San Sebastian, puis dans les salles espagnoles. La première grande réussite du film tient dans la reconstitution parfaite de la famille et de la société de cette première moitié du XIXème siècle afin de faire du Géant d’Altzo un personnage de cinéma, avec la prouesse technique que cela implique ! Le film se recentre ensuite sur la relation entre les deux frères, Martin et Joaquin, tenaillés entre l’ivresse du succès international et la douleur de sacrifier son intimité à des foules avides de spectacle, à travers toute l’Europe. Suivant leur voyage sans fin, le film ne manque pas d’embrasser des thématiques fortes : la norme, l’avidité ou la nostalgie. Car le destin tragique de Joaquin, géant qui n’en finit pas de grandir – jusqu’à entendre ses propres os croître la nuit – était d’être un mythe, au-delà de sa propre existence, afin de parvenir jusqu’à nous à travers ce beau film.

Handia, primé 10 fois aux Goyas 2018 !

 

Goya du meilleur scénario original : Aitor Arregi, Andoni de Caños, José Mari Goenaga et Andoni Carlos

Goya de la meilleure révélation masculine : Eneko Sagardoy

Goya de la meilleure production : Ander Sistiaga

Goya de la meilleure photographie : Javier Agirre Erauso

Goya des meilleurs effets spéciaux : Jon Serrano et David Heras

Goya des meilleurs costumes : Saioa Lara

Goya de la meilleure direction artistique : Mikel Serrano

Goya du meilleur montage : Laurent Dufreche et Raúl López

Goya de la meilleure musique originale : Pascal Gaigne

Goya  du meilleur maquillage et coiffure : Ainhoa Eskisabel, Olga Cruz et Gorka Aguirre

Tous les prix ici.

 


 


UNE INCROYABLE HISTOIRE VRAIE

La plupart d’entre nous grandissons au cours de notre adolescence, puis à l’âge adulte, notre taille se stabilise, et enfin (du moins dans la majorité des cas), nous rapetissons au cours des dernières années de notre vie. Toutefois, même si cela ne concerne que très peu de personnes, la situation inverse peut également survenir : tandis que la plupart d’entre nous avons terminé notre croissance, ces personnes-là ne cessent de grandir jusqu’à leur mort. C’est ce qui s’appelle l’acromégalie. Bien qu’on n’ait pu à l’époque établir de diagnostic précis, il est probable que Miguel Joaquin Eleizegi ait souffert d’acromégalie. Il naquit en 1818 à Altzo, petit village du Guipuzcoa. A l’âge de 20 ans et jusqu’à sa mort, il grandit sans cesse jusqu’à mesurer 2 mètres 42 centimètres, devenant ainsi l’homme le plus grand de son temps. Tout le monde connaissait son existence et voulait le voir de ses propres yeux, ce qui amena Joaquin à parcourir de nombreux pays d’Europe.

 

ENTRE LÉGENDE ET RÉALITÉ

Malgré l’immense popularité dont il jouissait en son temps, il existe très peu d’informations sur la vie de Joaquin Eleizegi. Aucune source fiable ne corrobore les anecdotes et les histoires qu’on lui attribue. Paradoxalement, après son décès (le 20 novembre 1861, à 43 ans), Joaquin continua de grandir de façon symbolique. Dès lors, son aventure et sa figure sont devenues célèbres par le bouche à oreille, et le récit de son histoire s’est déformé avec le temps, à tel point que beaucoup de gens pensent que le géant n’a jamais existé, comme s’il n’était qu’un personnage de plus de la mythologie basque. De fait, l’histoire vraie de Miguel Joaquin Eleizegi s’est transformée en une véritable légende, la légende du « géant d’Altzo ».

 

LE GÉANT D’ALTZO, SYMBOLE DU XIXe SIÈCLE

Les mythes sont le produit d’une certaine réalité politique et social, et le géant d’Altzo est un pur produit du XIXème siècle. Lui et son frère Martin (son principal compagnon de voyage) ont vécu pendant la deuxième moitié de ce siècle. A cette époque, plus encore qu’auparavant, le fossé entre l’ancien et le nouveau monde est particulièrement significatif. Le récit de Joaquin Eleizegi se situe autour de la Première Guerre carliste, guerre civile espagnole qui, entre 1833 et 1839, voit s’affronter les isabellistes (partisans de la jeune Isabelle II qui a succédé à son père, le roi Ferdinand VII), de tendance libérale, et les carlistes (défenseurs de l’infant Charles, qui se considère comme l’héritier légitime du trône d’Espagne), plus conservateurs et attachés aux traditions. Le Pays basque et la Navarre soutenaient majoritairement les carlistes. Handia cherche à susciter une réflexion autour d’un thème particulier : la façon dont l’être humain fait face aux changements. Devant de nouvelles réalités, une fois que nos décisions sont prises, comment conserver notre identité d’origine ? Nous transformons-nous en une version déformée de ce que nous avons un jour été ?

 

JOAQUIN ET MARTIN, LES DEUX FACES D’UNE MÊME PIÈCE

eleizegiJoaquin n’est pas le seul protagoniste de cette histoire, puisque son frère Martin joue également un grand rôle.

Martin, au retour de la guerre, se retrouve face à un géant. Joaquin s’est transformé, mais Martin aussi ; son point de vue sur son frère et sa famille a déjà changé, et en un sens, ce géant symbolise tout ce que Martin a voulu mettre à l’écart. Joaquin est comme un miroir distordant ; Martin y voit tout ce qu’il n’accepte pas de lui-même. Néanmoins, et comme par une force centripète, Martin va se sentir enchaîné au géant. D’une certaine manière, Joaquin fait retourner Martin à ce lieu d’avant la guerre, à la ferme, à l’endroit même qu’il veut précisément laisser derrière lui.

Les deux frères font face à leur manière à cette réalité mouvante que nous avons évoquée. Joaquin est un personnage attaché aux traditions et à la maison, qu’il veut préserver de tout changement ; Martin, au contraire, est courageux et non-conformiste, et il veut échapper à cette réalité immuable. Paradoxalement, Joaquin vit un changement permanent, bien qu’indépendamment de sa volonté, et même si Martin veut davantage de nouveauté dans sa vie, il se retrouve dépendant d’une forme d’immobilisme. Son bras paralysé en est le symbole. Tous deux représentent des forces à la fois contraires et complémentaires ; tels le « yin » et le « yang », chacun possède un peu de l’autre. Car en fin de compte, rien n’est entièrement pur ou inerte. Tout se transforme. C’est pourquoi, même s’ils s’opposent, nous verrons que Martin et Joaquin sont de plus en plus proches, plus qu’on ne pourrait le croire. En fait, le personnage principal du film n’est ni l’un ni l’autre. Le personnage principal est cette unité qui se crée entre eux deux, un seul et même être composé de deux âmes.  

 

HANDIA, UN PHÉNOMÈNE ?

Handia, film basque événement de l’année, multiprimé à Zinemaldia et déjà sélectionné dans de nombreux festivals, sera distribué à partir du 24 janvier 2018 par Gabarra Films, la maison de distribution du cinéma basque en France. Le projet est né de la volonté forte du Cinéma L’Atalante (Bayonne), en partenariat avec l’Institut Culturel Basque, de favoriser l’accès aux œuvres cinématographiques basques et d’en faire connaître toute la richesse et la qualité.

Réalisé par le tandem Jon Garaño et Aitor Arregi, Handia est une production de la société Moriarti, après 80 jours et Loreak. Ce dernier avait marqué une nouvelle étape dans le cinéma basque puisqu’il s’agissait du premier film en langue basque sélectionné en compétition officielle dans un festival international de premier plan (Zinemaldia, Donostia-San Sebastian en 2016). Il avait par ailleurs été désigné pour représenter l’Espagne aux Oscar en 2015.

Quelques semaines après sa sortie en Euskadi et en Espagne le 20 octobre 2017, Handia a attiré plus de 100.000 spectateurs.trices, devenant ainsi le film en langue basque le plus vu de l’histoire du cinéma. Handia a remporté cette année le Prix spécial du Jury de la Sélection Officielle ainsi que le Prix Irizar du Meilleur Film basque à Zinemaldia, et est nommé dans pas moins de 13 catégories aux prestigieux prix Goya en Espagne. Les résultats seront dévoilés le 3 février 2018 à Madrid.

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