L’Edito du mois

Habiter le monde 

« Habiter le monde, c’est se concevoir comme appartenant à un espace plus large que son groupe ethnique, sa nation… c’est pleinement habiter les histoires et les richesses des cultures plurielles de l’humanité ». On serait tenté de reprendre ces mots de l’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr, pour dire l’esprit de cette 14ème édition des Rencontres sur les Docks, qui se déroulera sur un lieu unique pour quatre jours d’avant-premières, de débats, de concerts. Quatre soirées et dix films de formats divers et de couleurs différentes, liés par cette question sensible qui traverse le cinéma, qu’il soit documentaire ou de fiction : comment habiter le monde ?
Il sera bien sûr question d’exils et de migrations, à travers la musique du très pêchu collectif Medz Bazar, qui fera swinguer les identités – dans un joyeux mélange de sonorités traditionnelles arméniennes, kurdes, mais aussi vénézuéliennes, hip-hop, bluegrass -, et ouvrira le bal avant L’ORDRE DES CHOSES, fiction criante de vérité sur la politique d’accueil des migrants menée par l’Europe ; comme à travers le documentaire TASTE OF CEMENT de Ziad Kalthoum, essai poétique sur la condition tragique de réfugiés syriens, venus reconstruire le Liban alors que leur propre pays est menacé d’effondrement.
On pourra aussi entendre les voix de ceux qui cherchent à mieux habiter le monde et ses paysages, à une échelle locale et concrète, tels les paysans de Sicile ou les architectes du Haut-Rhin filmés par Dominique Marchais dans NUL HOMME N’EST UNE ILE ; rester fasciné devant BRAGUINO, mystérieuse odyssée dans une famille isolée de Sibérie ; ou encore se poser sur une plage de Camargue pour vivre au rythme d’une communauté éphémère dans SABLES de Nelly Girardeau.
Un cinéma à l’écoute du monde et de la jeune création, c’est aussi la définition de cette 14ème édition, qui fera une belle place à la musique et au son : avec une soirée consacrée aux AIRS SAUVAGES d’Elsa Oliarj- Ines (qui revient sur ses terres natales pour filmer le processus de création musicale de son frère Oihan autour de chants traditionnels souletins) ; mais aussi avec une expérience de « cinéma pour les oreilles », sur une création radiophonique d’une autre Souletine, Myriam Ayçaguer, partie micro en main enquêter sur l’histoire de la pêche au thon rouge à Ciboure.
Nous avons voulu terminer ces Rencontres – qui seront aussi les dernières dans la salle historique de l’Atalante – par une soirée aux allures de fête orientale, pour l’avant-première de RAZZIA : nous aurons la chance d’accueillir le cinéaste marocain Nabil Ayouch et Maryam Touzani, co-scénariste et héroïne de ce film au sou e puissant, ode à la liberté et aux rêves collectifs… 

Sylvie Larroque