L’Edito du mois

Des hommes intègres

Depuis cinquante ans et en plus de quarante films, Frederick Wiseman filme sans relâche le fonctionnement des grandes institutions, nordaméricaines notamment mais pas uniquement. Si ces films sont, selon ses propres mots, « fictionnels dans la forme et n’ont pas d’utilité sociale mesurable », il semblerait bien qu’ils aient, chacun à leur manière, un rôle politique à jouer.
EX LIBRIS, son dernier film, foisonnant portrait du fonctionnement des bibliothèques publiques new-yorkaises, est ainsi un éloge du savoir
sous toutes ses formes et de ceux qui le transmettent avec passion. Ce documentaire stimulant vient aussi souligner l’inépuisable capacité des
hommes à vivre ensemble, chose pas inutile à rappeler à l’heure où les Etats-Unis connaissent de sérieux troubles de l’identité…
Porté par la même persévérance, le cinéaste Mohamad Rassoulof (déjà plusieurs fois assigné à résidence) mesurait sans doute le risque qu’il
prenait en réalisant UN HOMME INTEGRE, oeuvre formellement très maîtrisée et portrait à peine allégorique d’un personnage en butte à
la corruption généralisée, cherchant vainement à sauver son élevage de poissons. Quelques mois après le Prix Un Certain regard décerné à
Cannes, le cinéaste iranien s’est vu confisquer son passeport, avec une interdiction de circuler librement et de travailler, et ce jusqu’à nouvel
ordre…
Autre geste marquant, celui du réalisateur Emmanuel Gras, qui filme dans le splendide MAKALA l’épopée minuscule et fragile d’un jeune Congolais
tirant sa cargaison de charbon, tourné avec une attention poignante et une lumière digne des grands maîtres italiens. Pour accompagner la
sortie de ce documentaire, nous sommes heureux d’accueillir le musicien Gaspar Claus, auteur de l’admirable bande-son du film, pour un concert
avant le film le 8 décembre prochain.
Difficile d’énumérer toutes les moments forts des cinq semaines à venir, nombreux et éclectiques, et tous portés par l’idée d’éclairer – de manière
cinéphile mais pas seulement – des oeuvres auxquelles nous avons fait une place sur ce programme. Il faudra par exemple profiter de la
présence de Mamat Haghighat, fin connaisseur du cinéma iranien, pour le focus Iran proposé le jeudi 16 novembre, avec LE COUREUR d’Amir
Naderi et LEILA de Darius Mehrjui. Nous serons aussi ravis de retrouver, à l’occasion de la sortie de l’émouvant CHAVELA VARGAS (Abrazo du
meilleur documentaire au Festival de Biarritz), le duo Mina Luha pour un concert et une soirée spéciale – avec des cèpes pour les adhérents !
-, avant l’assemblée générale de l’association Cinéma & Cultures, qui se tiendra le mardi 12 décembre prochain…

Sylvie