UN TEMPS POUR VIVRE, UN TEMPS POUR MOURIR

Un-temps-pour-vivreTaïwan – 1985 – 2h15 en VO Réalisé par Hou Hsiao-Hsien avec Yu An-shun, Hsin Shu-fen, Mei Fang, Tang Ju-yun, Tien Feng

1947, alors qu’il n’est encore qu’un bébé, Ah-ha et sa famille partent de Chine pour Taïwan. Ils s’installent d’abord près de Taipei, puis déménagent au sud de l’île où le climat est plus clément pour le père, asthmatique.

Choyé par sa grand-mère, le petit Ah-ha grandit au sein d’une famille bientôt frappée par la maladie : du petit garçon espiègle qu’il était à dix ans, il se mue en adolescent taciturne et révolté…

« Un temps pour vivre, un temps pour mourir s’inspire entièrement de mes souvenirs, il montre comment les choses nous apparaissent à travers la mémoire, la façon dont certaines atmosphères, certains détails du passé prennent avec le temps une grande importance, se mettent pour ainsi dire à enfler. » HOU Hsiao-hsien

Avec Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985), HHH poursuit son exploration de la jeunesse taïwanaise à travers la forme de l’autobiographie. Ce film met en images les premiers souvenirs marquants du cinéaste, de ses jeux d’enfant à ses amours adolescentes, souvent ponctués par la mort.

Plutôt que de s’attarder sur la psychologie des personnages, le réalisateur montre le temps qui passe comme un ensemble de tableaux – impression renforcée par ses cadrages éloignés et fixes – où l’environnement prime sur la narration.

La vie est dévoilée sans fard et sans tabou, comme en attestent les diverses humeurs corporelles – sang, sperme, taches de décomposition du corps – qui ponctuent le film. En filigrane, Hou Hsiao-hsien évoque également la situation politique de Taïwan à l’heure de la propagande anti-communiste de Tchang Kaï-chek.

Comme des milliers d’autres familles chinoises, la sienne a fait le choix de l’exil ; si sa génération et celle de ses parents se sont adaptées à ce nouveau cadre, sa grand-mère rêvera jusqu’à la fin de sa vie de retourner sur le continent – en vain.

Chronique bouleversante sur la transmission et le passage à l’âge adulte, Un temps pour vivre, un temps pour mourir signe lui aussi le passage à la maturité de son réalisateur dans l’exercice de son art.