Vivement ma prochaine séance!

 

Suite à une sorte d’engourdissement de nos esprits,  l’annonce de la réouverture des salles le 19 mai résonnait d’un espoir teinté d’inquiétude. Et si le déconfinement se prolongeait?

Il était tout de même urgent de retisser des liens avec le public, c’est pourquoi le SCARE ( Syndicat des Cinémas d’Art, de Répertoire et d’Essai ) proposait de recueillir les témoignages des spectateurs lors de courtes séquences filmées susceptibles d’insuffler une nouvelle énergie à la vie de l’association.

Sylvie Larroque, la directrice artistique, a donc lancé un appel à d’éventuels volontaires, adhérents ou non, prêts à participer à l’expérience.

21 personnes se sont prêtées au jeu et ont répondu à 4 questions destinées à explorer les raisons de leur attachement à l’Atalante, leur souvenirs les plus marquants et à indiquer les derniers films qu’ils avaient vus dans nos salles. Il s’agissait également d’ interroger leurs frustrations de cinéphiles confinés et leur façon d’envisager l’avenir.

Samuel Holmes a mis ses compétences au service du  tournage et du montage de chacune des séquences.

On peut le féliciter du résultat qui révèle une participation joyeuse et très affective des personnes interrogées, quelques soient leur âge ou leur personnalité..

Déclarations d’amour, donc, au lieu et à son cadre, à l’ambiance, à l’équipe salariée. On vient là trouver convivialité, débats avec des réalisateurs. La rencontre avec Costa Gavras, la soirée jazz avec Michel Portal et bien d’autres manifestations, musicales ou non, ont nourri l’enthousiasme qui jaillit à tous les instants.

Mais avant tout bien sûr chacun se réjouit de voir des films de qualité, dont sont soulignées la rareté et  l’originalité mais on évoque encore  plus volontiers une expérience collective du visionnement en salle tout comme ces moments de grâce qui suscitent  encore  l’émotion. Ainsi  lors de la projection de El Gusto au cours de laquelle  un public constitué de pieds noirs confrontés à la nostalgie d’un monde perdu n’a pu retenir ses larmes tout au long de la séance. Le spectateur qui évoque ce souvenir en est encore chamboulé..

La jolie formule d’une participante qui fait l’éloge de l’Atalante comme d’un lieu «qui cultive un engagement» et l’affirmation d’une autre qui désigne ce lieu comme sa «deuxième maison» traduit un attachement et une estime sans faille.

L’ ardeur qui se manifeste  dans ces (très) courts métrages  rassure: Netflix ne pourra jamais détruire le supplément d’âme qui caractérise ce cinéma-là, cette expérience humaine et collective.

A Bayonne, la vie associative porte aussi la dimension basque. Peio Heguy, qui a servi d’interprète à de nombreuses reprises  à l’Atalante, s’exprime en basque, ce qui nécessite un recours à des sous- titres, bien sûr. La traduction, tout comme les inscriptions sur l’écran de titres quand la mémoire flanche, révèle une intervention alternative qui ajoute à la vitalité des séquences.

C’est aussi très judicieux de laisser certains dialogues inachevés, certaines questions sans réponses. On nous accorde, à  nous visionneurs de cette réalisation, la possibilité de nous engoufrer dans ces absences, avec nos propres souvenirs, nos émois, notre imaginaire de cinéphiles .

Bravo aussi pour ce choix de réactions totalement spontanées des participants, de cette spectatrice notamment donc la fraîcheur et la vivacité des réactions ponctue agréablement l’ensemble.

Sylvie et Sam aimeraient prolonger l’expérience par exemple en incluant la participation d’enfants .

Nous attendons les futures séquences avec impatience.