PILLION
Festival de Cannes – Un Certain Regard, Prix du meilleur scénario
Colin, un jeune homme introverti, rencontre Ray, le séduisant et charismatique leader d’un club de motards. Ray l’introduit dans sa communauté et fait de lui son soumis…
Interdit aux moins de 16 ans
De la même manière que SiRAT avait causé une petite déflagration dans la compétition cannoise, la projection de PiLLiON dans une sélection parallèle a suscité une vive curiosité : une romance gay sur fond de motards BDSM, on demandait à voir. Force est de constater qu’on a été totalement embarqués par ce premier film d’Harry Lighton narrant la rencontre entre ce jeune homme mal dans sa peau – incroyable Harry Melling – et le séduisant motard taciturne, incarné par l’icône Alexander Skarsgård, également coproducteur du film. Sans mentir sur son sujet (âmes prudes s’abstenir donc), PiLLiON sait déjouer les attentes avec finesse pour se concentrer avant tout sur les émotions de ses personnages, dans une approche très « british » pleine de fureur et de tendresse qui fait tout le sel de ce premier film étonnant, justement récompensé par le Prix du scénario dans la section Un Certain Regard…
Critique de film du ciné-club Les Passagers
Pillion raconte la rencontre puis la relation entre Colin, un jeune adulte frêle qui affirme ses tendances sexuelles au fil du film, et Ray, un biker ténébreux ultra sexy dont on ne sait pas grand-chose.
Pillion signifie la place du passager sur une moto, et la narration suit l’installation progressive de Colin à cette place précise. Il s’assoit derrière Ray, celui qui conduit, celui qui commande.
L’intrigue repose sur l’« aptitude à la dévotion » de Colin envers Ray. Cette aptitude, montrée comme plaisante et consentie, est exploitée par le motard séduisant envers qui le jeune homme accepte tout sans la moindre exception. On comprend donc assez vite ce qui rapproche le beau gosse au physique de dieu grec (incarné par Alexander Skarsgård), du jeune agent de parking à la dentition imparfaite vivant chez sa mère (incarné par Harry Melling).
Leur histoire nous emmène avec succès dans l’évolution de leur relation et nous offre ce que l’on cherche dans une comédie romantique tout en montrant sa spécificité. On adore suivre les deux tourtereaux dans les étapes classiques de la romance telles que les premiers rendez-vous, le repas chez les beaux-parents et la rencontre avec la bande d’amis… jusqu’à un bouleversement scénaristique et sentimental, le tout teinté de la culture BDSM, ce qui rend le film unique.
À travers ce récit, on découvre une vision de cette culture et de son opposition avec les amours hétéronormées, alors même qu’on retrouve une figure assez patriarcale dans le rôle de Ray. C’est cette ambivalence curieuse qui fait en partie la singularité de ce long métrage.
Elle tient aussi à sa mise en scène explicite et à son thème subversif. Ainsi, le spectateur ne sait pas sur quel pied danser. Il songe au consentement, à la représentation de la culture BDSM. Puis il découvre, et s’instruit peut-être, sur un type de relation peu abordée dans notre société et assiste à ce lien heureux qui paraît pourtant inéquitable, déséquilibré, mais où les rôles semblent acceptés et consentis.
Le spectateur cherche et trouve son lien avec les protagonistes auxquels il s’attache et partage certaines émotions. Malgré son physique très avantageux, il faut cependant beaucoup chercher pour se lier au personnage de Ray qui se comporte de manière très rude. Les non-dits autour de son personnage laissent place à l’imagination d’une justification, sans pour autant faire oublier qu’il se montre parfois particulièrement rustre.
Avec Pillion, Harry Lighton signe une jolie réalisation, avec une esthétique réussie et singulière, sans grande envergure mais qui nous fait ressentir. Un film qui pourrait être banal s’il n’était pas si explicite, et dépeint une relation qui pourrait, elle aussi, être banale selon la lecture qu’on en fait.