BAISE-EN-VILLE

FRANCE
2025 1h34
Réalisé par Martin Jauvat
avec Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot, William Lebghil, Anaïde Rozam, Sébastien Chassagne...

Semaine de la Critique – Festival de Cannes 2025

Sprite, 25 ans, doit absolument trouver un job. Mais pour travailler, il faut le permis de conduire et pour se payer le permis, il faut un emploi… Finalement, il se fait engager par une start-up spécialisée dans le nettoyage d’appartements après des fêtes ; mais comment aller travailler tard la nuit sans moyen de transport dans une banlieue mal desservie ? Sur les conseils de sa monitrice d’auto-école, il s’inscrit alors sur une application pour séduire des jeunes femmes habitant près de ses lieux de travail. Un seul problème : Sprite n’est pas vraiment un tombeur…

Cinéaste aussi attachant qu’autodidacte, Martin Jauvat a été révélé par GRAND PARiS, étonnante odyssée nocturne et improbable tournée sur ses terres à Chelles. On avait retenu de ce premier film la poésie drolatique et la manière assez unique de réenchanter la banlieue, sous les couleurs vives et les traits de personnages un peu lunaires, lui-même incarnant le rôle principal. On le retrouve ici en éternel adolescent dans le rôle de Sprite, dans un film à la tonalité franchement burlesque, entre rendez-vous amoureux foireux et savoureuses scènes d’auto-école. Au-delà du côté potache (on verra notamment dans le titre une référence à la sacoche d’une autre époque), BAiSE-EN-ViLLE s’amuse aussi des dérives du monde du travail actuel, en valorisant aussi une certaine vulnérabilité… 


Critique de film du ciné-club Les Passagers

Sans cesse en train de courir pour ne pas rater le dernier RER, Sprite se fait la figure d’une jeunesse confrontée à un rythme qu’elle ne peut suivre. Martin Jauvat cherche alors à reconstruire la banlieue comme un monde parallèle où le temps passe différemment ; Chelles devient le centre de l’univers, le 77 l’espace de représentation privilégié de la déprime juvénile.

Dans ce lieu déconnecté, où la distance devient un décalage, passer son permis semble existentiel. La voiture matérialise l’indépendance, et pour Sprite, systématiquement renvoyé à son adolescence retardée, elle représente surtout une preuve : celle d’un passage réussi à l’âge adulte. C’est là tout le paradoxe paradigmatique du film. Sprite veut travailler, mais pour travailler il doit passer son permis, et pour passer son permis, il doit travailler. Mais c’est surtout que Sprite veut qu’on le laisse aller à son rythme, mais pour qu’on lui fasse confiance, Sprite doit faire ses preuves, et pour faire ses preuves, Sprite doit pouvoir aller à son rythme.

Martin Jauvat aborde des questionnements à hauteur de baignoire, et dans une industrie cinématographique qui prône l’hyper-dramatisation, la sur-sollicitation sensorielle et le traitement de sujets qu’elle ne maîtrise pas, c’est tout à son honneur. C’est ainsi que Martin Jauvat impose dans son cinéma son propre rythme. Un humour singulier, des personnages déphasés, une mise en scène simplifiée, une esthétique mélodieuse et surtout une sincérité rarement égalée.

J’aurais tendance à dire qu’il est en train de créer un cinéma qui a tout du bonbon ; rose, doux, qu’on ne peut jamais s’empêcher de consommer et qui réconforte toujours. Baise-en-ville n’est que son deuxième long-métrage, mais le jeune cinéaste, contrairement à son personnage, ne semble déjà plus courir après son retard ; il est déjà parvenu à asseoir son style, son identité cinématographique.

Avec franchise, avec peut-être un peu de naïveté, Sprite et Martin nous embarquent dans une aventure en RER A à travers laquelle ils nous touchent et nous inspirent (en tout cas, ils m’auront donné envie de prendre un bain comme eux, en réécoutant Grandaddy en boucle).

Horaires des séances

Jeudi 29 janvier
Vendredi 30 janvier
Samedi 31 janvier
Dimanche 1 février
Lundi 2 février
Mardi 3 février
Mercredi 4 février
Jeudi 5 février
Vendredi 6 février
Samedi 7 février
Dimanche 8 février
Lundi 9 février
Mardi 10 février
Jeudi 12 février
Dimanche 15 février
Mardi 17 février

Les autres films à l'affiche