KIKA
Semaine de la Critique – Festival de Cannes 2025
Alors qu’elle est enceinte, Kika perd brutalement l’homme qu’elle aime. Complètement fauchée, elle en vient à vendre ses petites culottes, avant de tenter sa chance dans un métier… déconcertant. Investie dans cette activité dont elle ignore à peu près tout, Kika entame sa remontée vers la lumière…
Interdit aux moins de 12 ans
Le précédent film d’Alexe Poukine (documentaire présenté à L’Atalante il y a quelques mois) s’appelait SAUVE QUi PEUT, et on pourrait l’appliquer à cette première fiction, s’il n’était pas porté tout entier sur la trajectoire de son héroïne. Si KiKA cultive l’art du chemin de traverse et surprend constamment – au risque de déstabiliser -, le film ne lâche jamais la main de son personnage, et c’est cette générosité constante qui emporte tout sur son passage. Autour de l’actrice Manon Clavel, bluffante protagoniste principale, le chœur des femmes est d’une authenticité bouleversante, et c’est avec le même talent qu’Alexe Poukine mêle le drame sentimental et social à la franche comédie, dans un film profondément humain et stimulant…
Critique de film du ciné-club Les Passagers
Kika traite le deuil comme une partie inexplorée (voire inexplorable) de l’intimité. Son personnage éponyme, confronté à la destruction de son monde suite à la mort soudaine de son amant, est contraint à une nouvelle souffrance morale et sociale. Pour s’en sortir, Kika s’expose, Kika s’impose ; alors même qu’elle s’offre à l’inconnu, elle semble garder la maîtrise.
Elle intègre progressivement ce milieu dont on se fait milles idées mais jamais les bonnes : celui des travailleur-euses du sexe. De là, le film tient son discours, et pour ne citer qu’une réplique, “pute c’est comme assistante sociale”. En fait, le film raconte d’abord l’émancipation d’une femme endeuillée à travers l’explosion des tabous et la désacralisation des pratiques alternatives.
Le BDSM devient l’exutoire des traumatismes enfouis. La caméra montre comment les corps mis à mal témoignent d’angoisses inexprimables, de douleurs trop profondes. Les pratiques violentes mais thérapeutiques sont légitimées par un désir de souffrir plus pour souffrir moins ;
la douleur constante est remplacée par une douleur ponctuelle si aiguë qu’elle offre une sensation de répit quand elle s’arrête. C’est là que le “rouge”, point de rupture de l’acceptable, ou quand la douleur physique dépasse la douleur psychologique, trouve son importance esthétique. Le rouge devient cathartique.
Il représente ce qui au fond nous dérange, parce qu’il est cet instant où nos défenses se brisent et où un ultime coup parvient à extirper nos émotions scellées. Le film, à l’image de la maison close considérée comme espace de libération, donne à voir ces femmes en latex se plier aux désirs les plus fous pour remplir ce rôle de psychothérapeute. Avec leurs fouets, elles offrent ici à Kika un espace dans lequel elle peut enfin se laisser aller à son deuil.
Kika, c’est donc le récit d’émancipation d’une femme forte, un film qui brutalise, une parenthèse douloureuse mais libératrice, un regard sur la question du deuil et de son rapport à l’intime. Enfin, si vous en arrivez à devoir faire dans un sac pour de l’argent, n’oubliez pas que la honte ne se trouve pas du côté de celle qui tend le sac, mais bien de celui qui paye pour le récupérer.