UN JOUR AVEC MON PÈRE

NIGER
2025 1h34
Réalisé par Akinola Davies Jr.
avec Ṣọpẹ́ Dìrísù, Efon Wini, Godwin Egbo, Chibuike Marvellous Egbo, Tosin Adeyemi...

Festival de Cannes 2025- mention spéciale Caméra d'Or et BAFTA 2026 du Meilleur premier film

Une journée dans la capitale nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l’immense ville alors que des troubles politiques menacent…

Dans ce film semi-autobiographique, les frères Davies racontent un épisode charnière de leur enfance. Et c’est toute la singularité de ce premier long envoûtant et onirique d’être porté par ce regard plein de nostalgie et de candeur, qui adoucit un peu la violence du contexte politique. Prenant la forme d’un road-movie urbain, UN JOUR AVEC MON PÈRE (présenté à Cannes sous le titre MY FATHER’S SHADOW, plus parlant) prend la forme d’un road-movie urbain, dans une capitale où la menace de la répression est palpable. Un film aussi beau que hanté, qui se distingue aussi par sa photographie sublime et par l’écriture poétique de son montage… 

Critique de film du ciné-club Les Passagers

“Dear father, I’ll see you in dreams”

Nigeria, 1993, dans un contexte politico-colonial en surtension où tout est sur le point de basculer, un père offre à ses deux fils une journée pour se rappeler à jamais.
Très rapidement, la caméra d’Akinola Davies Jr. filme une absence. Elle se pose de façon quasi documentaire à proximité d’une jeunesse abandonnée, ne manquant à aucun instant de montrer le vide et de faire entendre le silence, d’attirer l’attention sur le vent dans les arbres, comme un appel à la résurgence, pour enfin laisser
place aux âmes en sursis.

La (ré)apparition de Fola/Kapo, leur père, situe les deux enfants dans une intrigue à fantômes. Dans un ultime recours existentiel, avant qu’il ne soit trop tard, le père trouve à se réincarner dans un espace qu’il habite de nouveau, comme par rémanence, pour transmettre à ses fils l’importance de la mémoire, du souvenir, à
travers lesquels peuvent survivre encore un temps toute une culture et ses adeptes. Au cours de cette journée, c’est un pays entier, en crise, qui s’ouvre au yeux d’enfants extirpés de leur innocence ; Lagos est une fourmilière en chaos, la mort y est aussi présente que le vivant s’y trouve en excès. Le film construit son esthétique
sur la base d’une latence et d’une urgence, le temps s’incarne, la porosité s’installe et l’éphémérité se fait ressentir, la fin approche, octroyant aux instants suspendus, à la plage, au parc d’attraction, un peu de beau, voire de sublime.

Là où tout tend à disparaître, le format pelliculaire redonne un peu de consistance aux existences volées. De la même manière que la répétition du toucher, celui d’un père qui ne veut pas lâcher les mains de ses fils, représente un besoin d’ancrage, une attache au réel concrète et fortement symbolique.

Un jour avec mon père c’est le résultat d’un cinéma qui fait son travail à la perfection. Identifiant son regard à celui d’un enfant, il s’interroge sur le monde qui l’entoure, insiste sur les détails, s’émerveille des petites choses et s’évade sans arrêt, tout en suivant son père. C’est un regard neuf qui remplit l’image d’un photogénisme pur, riche et généreux, avec lequel le spectateur, comme l’enfant, se sent embarqué dans un voyage qu’il ne comprend pas toujours mais qu’il sait existentiel.

Dear Akinola, thank you for this dream.

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