LA BELLE ET LA BÊTE

FRANCE
1946 1h35
6
Réalisé par Jean Cocteau
avec Jean Marais, Josette Day, Mila Parély, Nane Germon, Marcel André
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Quelque part au temps jadis, il était une fois un brave homme veuf et père de quatre jeunes gens. Une fille prénommée Belle, qui était aussi bonne et dévouée à son père que ses deux aînées étaient ingrates et chipies. Le fils, un sympathique bon à rien allait toujours flanqué de son ami Avenant, épris de Belle qui se refusait au mariage.

Un soir qu’il revenait à son foyer, le père s’égara et trouva refuge dans une demeure enchantée qui lui offrit dîner et repos. Alors qu’il repartait, il cueillit une rose pour Belle, déchaînant le courroux du seigneur des lieux resté jusqu’alors invisible. Un être fabuleux mi-homme mi-bête, qui le condamna soit à mourir soit à lui livrer une de ses filles.
Ainsi commence le conte qui mettra la Belle en présence de la Bête, lui révélant du même coup l’irrésistible et mystérieuse puissance de l’amour.

La Belle et la bête sort en salle en 1946 et reçoit le Prix Louis-Delluc. Le film est un immense succès. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, à contrecourant du cinéma néoréaliste en pleine floraison, Jean Cocteau emprunte les chemins de la féerie pour renouer avec ses obsessions existentielles. Il adapte le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, La Belle et la bête, publié en 1757, mais en le détournant de sa vocation première, qui était d’instruire les enfants en leur montrant que les apparences sont trompeuses. En s’appropriant ce conte qui, dit-il, « correspond à sa mythologie personnelle », Jean Cocteau crée un climat onirique totalement original et donne libre cours à ses préoccupations intimes. Il confie à l’acteur Jean Marais, l’homme qu’il aime, le triple rôle de la Bête, du Prince et d’Avenant (un personnage qu’il invente), amoureux de Belle et ami de son frère.

Même si Cocteau donne à son film les apparences du genre, en l’introduisant par la formule consacrée : « Il était une fois », il prend des libertés par rapport au conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont : les fées ne sont plus à l’origine du récit et de son dénouement. Les éléments magiques existent par eux-mêmes, sans intervention surnaturelle. Cocteau habille le conte d’une atmosphère beaucoup plus merveilleuse, proche de l’irréalité et de l’incompréhensible, afin d’en dégager une poésie pure. C’est ce que semble illustrer la célèbre réplique « Ne cherchez pas à comprendre », adressée par la Bête au marchand, qui sera reprise et illustrée dans Le Testament d’Orphée (1959).

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